Été 2026, des incendies d'une ampleur inédite

Le périmètre du feu au 29 juillet 2026, à l'ouest de Bordeaux. La zone parcourue s'étend d'Andernos-les-Bains à Saint-Médard-en-Jalles ; les traits rouges vifs marquent les fronts encore actifs. Carte NASA Scientific Visualization Studio, domaine public.
Depuis le début de l'été 2026, environ 120 000 hectares de végétation ont été parcourus par les flammes en France, selon les estimations provisoires relayées à la mi-août. Le précédent record annuel, celui de 2022, s'établissait à 66 300 hectares. Nous en sommes à près du double, et l'automne n'a pas commencé.
Deux incendies ont donné la dimension inédite, ravageuse.
Le 12 juillet, le feu part dans le massif forestier de Fontainebleau. Il est fixé le 15, reprend brièvement le 29, et n'est déclaré éteint que le 28 août. Bilan : 2 050 hectares dans une forêt que des millions de promeneurs connaissent par cœur.
Le 22 juillet, un autre départ, sur la commune de Saumos en Gironde. Celui-là n'a pas d'équivalent. La préfecture de la Gironde parle d'un feu « absolument inédit en France » : 240 kilomètres de lisières, 42 000 hectares de surface parcourue, 252 bâtiments de plus de 20 m² détruits sur les 2 725 que comptait la zone. Plus de 224 000 personnes ont été évacuées préventivement. Aucun civil n'a été tué ni blessé. Plus de 330 sapeurs-pompiers, si.
La préfecture explique cette intensité par une conjonction de vent, de température et de sécheresse, après trois canicules successives.
Pourquoi les chiffres qui circulent ne sont pas comparables
Un détail qui n'en est pas un, et qu'il vaut mieux connaître avant de citer un hectare à qui que ce soit : surface parcourue et surface brûlée ne mesurent pas la même chose.
La surface parcourue est l'estimation opérationnelle des services d'incendie et de secours, celle que relaient les préfectures pendant la crise. C'est la zone d'intervention des pompiers. Elle englobe des parcelles que les flammes ont épargnées.
La surface brûlée est ce qui a réellement brûlé. Le système européen Effis l'estime par satellite en quasi temps réel. La mesure définitive, elle, est relevée au GPS avec l'appui de l'Office national des forêts, puis versée dans la base nationale BDIFF. Elle ne sera publiée qu'au printemps 2027.
L'écart est loin d'être anecdotique. Benoît Reymond, expert national incendie à l'ONF, le chiffre à « une vingtaine de pourcents » en général, parfois beaucoup plus : dans le massif des Corbières en 2025, 17 000 hectares avaient été annoncés pour 11 000 hectares réellement brûlés. Sur Saumos, la préfecture annonçait 42 000 hectares parcourus quand Effis en estimait 37 500 brûlés.
Retenez donc qu'aucun chiffre définitif de l'été 2026 n'existe aujourd'hui, et méfiez-vous d'un total présenté sans sa date ni son autorité.
Il y a une deuxième raison à cet écart, et elle nous amène au sujet de cet article. Les surfaces parcourues traduisent le travail réel des pompiers, et quand plusieurs interventions ont lieu sur la même zone, cette zone est comptée plusieurs fois. Or ce qui ramène les pompiers sur une parcelle déjà traitée porte un nom : la reprise de feu.
Ce qui gonfle le compte officiel est très exactement ce qu'un drone thermique sert à empêcher.
« J'avais quand même peur de déranger »
À Clermont, dans l'Oise, Mathieu Parisse dirige SOS France P.A.S., une société qui fournit du matériel aux unités de secours. Quelques mois avant l'été, il équipe son entreprise d'un drone thermique et se met à proposer des prestations de surveillance aérienne. « C'était dans la suite logique des choses », explique-t-il à France 3 : « lorsque vous équipez les secours au sol, prendre de la hauteur me semblait évident. »
Puis Fontainebleau brûle.

Un largage sur le massif de Fontainebleau, le 15 juillet 2026. Photo Baidax, CC BY-SA 4.0.
Devant l'ampleur du feu, il décide de se porter volontaire. Ce qu'il raconte de ce moment mérite d'être cité tel quel, parce que c'est là que tout se joue :
« J'ai pris sur moi de proposer un renfort opérationnel avec le drone. J'avais quand même peur de déranger au départ. »
Sa proposition fait mouche. Rapidement, le SDIS 77 lui demande de rejoindre le secteur du Grand Parquet, où il intègre le dispositif de surveillance par drone déjà en place.

Le massif vu d'avion le 16 juillet 2026 : sous la nappe de fumée, plusieurs foyers continuent de dégager. Photo Baidax, CC BY-SA 4.0.
Une fois intégré, il ne décide de rien :
« À chaque fois, je reçois une mission et des tâches précises à effectuer, je n'agis pas seul de mon côté. »
Gardez cette phrase de côté. C'est la plus importante de tout l'article, et nous y revenons plus bas.
Ce qu'une caméra thermique voit et que personne d'autre ne voit
Sur zone, la méthode de Mathieu Parisse tient en deux vols.
D'abord en vision classique, pour observer les fumerolles et comprendre la géographie de ce qui se passe. Ensuite plus bas, en vision thermique, pour situer les points chauds. Ceux-là ne se voient pas. Ni depuis le sol, ni depuis un hélicoptère, ni à l'œil nu depuis un drone.
Les températures qu'il relève donnent la mesure du phénomène : de 100 à 200 °C à Fontainebleau, et plus du double dans les Landes, où il a mesuré au-delà de 400 °C.
Une caméra thermique ne voit pas des formes, elle voit des écarts de température. Un sol qui a l'air éteint, noir, froid, fumant à peine, peut abriter juste sous la litière des braises souterraines qui couvent sans flamme. Il suffit d'une rafale, ou de quelques heures, pour que cette chaleur retrouve de l'air et rallume la parcelle.
C'est la reprise de feu. C'est ce qui rappelle les pompiers là où ils étaient déjà passés, ce qui allonge les journées d'une équipe épuisée, et ce qui fait recompter deux fois le même hectare dans les bilans. Et c'est la seule chose au monde qu'un capteur thermique repère avant qu'elle ne se déclare.
Ce n'est pas nouveau, d'ailleurs. À Fontainebleau, l'ONF utilise le drone thermique depuis 2019. Six forestiers volontaires y ont passé leur brevet de télépilote en juin de cette année-là et avaient déjà, quelques mois plus tard, plus de cent vols au compteur. Leur constat de l'époque n'a pas pris une ride : depuis le sol, entre la végétation et les chaos rocheux, la visibilité plafonne à une vingtaine de mètres. Avec le drone, un foyer se repère jusqu'à 350 mètres.
Autrement dit, le massif qui a brûlé en juillet 2026 était sans doute le mieux préparé de France sur cette technique. Cela n'a pas suffi à éviter le feu. Cela a servi à en limiter les reprises.
On ne décolle pas parce qu'on a un drone
Il faut maintenant dire ce que cet article ne raconte pas, et le dire nettement.
Il ne raconte pas qu'on peut prendre son drone et aller aider parce que ça brûle près de chez soi.
Relisez la phrase de Mathieu Parisse. Il n'intervient jamais de lui-même sur un terrain d'opérations. Il prend d'abord contact avec les services de secours mobilisés sur place pour leur proposer son aide. Il reçoit une mission. Il exécute des tâches définies par d'autres. Sur un incendie, c'est la seule manière de servir à quelque chose plutôt que de nuire.
Les raisons sont brutalement simples.
Pendant l'incendie de Saumos, une zone interdite aux aéronefs civils, drones compris, a couvert l'ouest de la Gironde et le nord des Landes sur un rayon d'environ cinquante kilomètres, avec un périmètre qui évoluait au fil des opérations. Ces fermetures d'espace se publient par NOTAM et changent d'un jour à l'autre : une carte consultée la veille ne prouve rien.
Surtout, un drone repéré près d'un feu cloue au sol l'aviation de secours. Les largages s'arrêtent, les hélicoptères se posent, et le feu continue pendant ce temps. Le bénévole le mieux intentionné du monde produit alors l'exact contraire de ce qu'il venait chercher.
Et quand la rencontre a lieu, elle coûte cher. En janvier 2025, au-dessus des incendies de Los Angeles, un drone de loisir a percuté un Canadair CL-415 en mission et l'a mis hors service. Son télépilote a été condamné à de la prison ferme, assortie de 156 000 dollars correspondant aux seuls frais de réparation.
La règle tient donc en une ligne. On propose, on attend une mission, et on n'y va pas sans elle.
Une réserve de télépilotes, département par département
De son passage à Fontainebleau, Mathieu Parisse tire une conclusion qui dépasse son cas.
« L'idée ce n'est pas de supplanter les pompiers, mais de mettre l'expertise des télépilotes à leur service, pour permettre un roulement, car je me suis rendu compte que les SDIS de certains départements sont très bien dotés en pilotes et d'autres pas du tout. L'Oise n'en a pas besoin par exemple, contrairement aux Landes. »
Il lance un appel aux volontaires sur les réseaux sociaux. Des télépilotes équipés de drones thermiques se déclarent prêts. C'est ainsi que naît la Réserve Opérationnelle de Drones Thermiques, la RODT, association encore en cours de constitution.
Elle rassemble aujourd'hui plus de vingt télépilotes volontaires, chacun disposant d'au moins un drone à capteur thermique, tous titulaires des qualifications requises pour opérer en zone sensible. Une trentaine s'apprête à adhérer, et près de 200 pilotes se sont dits intéressés. Sa mission est étroite et claire : détecter les départs de feu et les zones de combustion souterraine, pour permettre des noyages ciblés avant que le sinistre ne s'étende.
L'association pose elle-même sa limite, et c'est tout à son honneur : elle n'a pas vocation à se substituer aux services publics de secours, mais à les compléter.

Les marins-pompiers de Marseille sur le feu de Biscarrosse, le 25 juillet 2026. Photo Mikani, CC BY-SA 4.0.
Sa première intervention collective a eu lieu sur le feu de Biscarrosse, dans les Landes, où trois télépilotes étaient prépositionnés ensemble : Mathieu Parisse, Mike Crova et Karim Ziadé. Trois professionnels, trois sociétés différentes, une coordination commune sur un théâtre réel. Mi-août, Mathieu Parisse rejoignait la caserne de Liège pour épauler les équipes belges, une première pour lui.

Les zones brûlées autour de Biscarrosse au 29 juillet 2026, telles que restituées par Effis. Carte European Forest Fire Information System, CC BY 4.0.
Se préparer maintenant, pas au premier départ de feu

Un télépilote de la réserve opérationnelle dronistes thermique, engagé aux côtés des secours. Photo David Sepeau / RODT.
La saison 2026 s'achève. C'est précisément le bon moment, parce que rien de ce qui compte ne s'improvise en juillet.
| Quand | Quoi |
|---|---|
| Automne | Passer ou renouveler sa certification, vérifier son assurance |
| Hiver | S'équiper en thermique si ce n'est pas déjà fait, se former à la lecture d'image |
| Février à avril | Se faire connaître du SDIS de son département, sans attendre qu'il ait besoin |
| Mai à juin | Se déclarer disponible, secteur par secteur |
| Été | Proposer, attendre la mission, ne jamais partir seul |
Le point le plus utile de cette liste est le troisième, et c'est le moins technique. Le constat de la RODT est un problème de couverture territoriale : certains départements ont des télépilotes en interne, d'autres n'en ont aucun. Un SDIS ne peut pas faire appel à quelqu'un dont il ignore l'existence.
Se déclarer, pour être volontaire
C'est exactement le vide que notre annuaire cherche à combler. Un service qui a besoin d'un drone thermique dans son secteur doit pouvoir en trouver un, par lieu et par spécialité, sans connaître personne. Cocher la spécialité prend une minute, et c'est elle qui vous fait remonter quand la demande porte sur un feu plutôt que sur une toiture ou une parcelle de vigne.
- Vous avez déjà une fiche dans l'annuaire. La plupart des opérateurs y figurent déjà. Retrouvez-la et revendiquez-la : la revendication vous en donne la main.
- Vous n'avez pas encore de compte. Créez-en un, c'est gratuit, et la fiche se construit à partir de votre identifiant d'entreprise.
- Dans l'application, ouvrez Mon organisation, section Activités. Cochez Écologie & faune, puis, dans Sous-activités, Aide à la détection de feux. Si vous intervenez aussi après le passage du feu, Évaluation après incendie est juste en dessous.
⚠️ C'est ouvert, et c'est en bêta. Vous pouvez vous déclarer que vous soyez professionnel, service public ou particulier.
⚠️ Pour un particulier ou un service public, cette déclaration reste privée : elle n'apparaît dans aucune liste publique. Seuls les professionnels figurent dans l'annuaire. Vous pouvez aussi vous déclarer indisponible une période sans vous désabonner du service.
Et si vous êtes un service d'incendie et de secours, ou une commune, la recherche fonctionne dans l'autre sens : décrivez ce dont vous avez besoin, et les télépilotes équipés de votre secteur répondent.
Enfin, si vous êtes télépilote certifié, équipé d'un drone thermique, et que la démarche vous parle, la réserve recrute. Le lien ci-dessous va directement chez eux, nous n'attendons rien en retour.
Sources
- Préfecture de la Gironde, communiqués de situation sur l'incendie de Saumos, juillet et août 2026
- France 3 Hauts-de-France, « Les drones minimisent les risques pour les pompiers », 15 août 2026
- franceinfo, « Surface parcourue, surface brûlée : pourquoi les chiffres qui circulent sont si différents », 13 août 2026
- Office national des forêts, « Le drone à caméra thermique, nouvel allié de l'ONF face aux feux », 2019
- Réserve Opérationnelle de Drones Thermiques, présentation de l'association
- Effis, European Forest Fire Information System, estimations satellitaires 2026