Sauver les faons à l'aide de drones thermiques

Comment un drone thermique repère les faons avant la fauche, et comment agriculteurs et télépilotes s'organisent.

Ce qui se joue dans une prairie au mois de mai

Une chevrette ne cache pas son faon par hasard. Les premiers jours, le petit ne suit pas sa mère : il reste tapi dans les hautes herbes, immobile, presque inodore. Ce réflexe est ce qui le sauve du renard - un prédateur qui cherche du mouvement et une odeur ne trouve ni l'un ni l'autre.

Face à une faucheuse, ce même réflexe le condamne. Le faon ne fuit pas. Il s'aplatit.

Le mot mérite d'être précisé, parce qu'il induit souvent en erreur : un faon n'est pas seulement le petit de la biche. C'est le nom du jeune de tous les cervidés - cerf, chevreuil, daim - tant qu'il porte sa livrée tachetée. Chez le chevreuil, la mère s'appelle la chevrette ; chez le cerf, la biche ; chez le daim, la daine. Et cette robe rousse semée de blanc n'a rien d'un ornement : c'est le second volet du camouflage, taillé pour imiter les taches de lumière dans les herbes. Les prairies fauchées au mois de mai les concernent tous.

Un faon tapi dans les hautes herbes, à quelques mètres de l'objectif

Regardez l'image ci-dessus quelques secondes avant de lire la suite : c'est exactement ce que voit un conducteur depuis sa cabine, à plusieurs kilomètres-heure, derrière une barre de coupe de plusieurs mètres.

Et le calendrier ne laisse aucune marge. La Fédération nationale des chasseurs le formule sans détour : la période de mise bas coïncide avec la récolte des foins, au mois de mai. Les deux choses arrivent au même endroit, dans la même quinzaine.

Barre de coupe d'une faucheuse, lames vues de près

Personne n'est en tort dans cette histoire, et l'agriculteur moins que quiconque. Il fauche quand la météo le permet, ce qui ne lui laisse souvent que deux ou trois jours de décision. Et depuis sa cabine, aucune vigilance ne peut voir un animal aplati dans une herbe haute - vous venez de le vérifier sur la photo. Il fait de son mieux, avec ce qu'il peut voir.

Un jour, peut-être, les engins verront eux-mêmes ce que le conducteur ne peut pas voir - une barre de coupe qui s'arrête d'elle-même devant une source de chaleur. En attendant, c'est de votre aide qu'ils ont besoin.

La chevrette, elle, a choisi la bande qui borde le bois, celle que l'on fauche en dernier. Il manque simplement une information : où sont-ils ?

Sauvons les Faons

C'est la réponse qu'apporte l'association Sauvons les Faons : des bénévoles, des drones équipés de caméras thermiques, et un survol de la parcelle avant que la faucheuse n'entre dedans.

Bénévole de l'association, gilet « Sauvons les Faons » sur le dos, en bordure de prairie

Les premiers essais datent de 2018 : une dizaine de faons trouvés en deux interventions de trois heures. Depuis 2020, l'association compte ses sauvetages en centaines. Elle intervient notamment sur le Pays de Gex, Le Mans Métropole et Font-Romeu, et travaille avec la Fondation 30 Millions d'Amis, la Fondation Brigitte Bardot et la LPO.

Pour l'agriculteur, le service est gratuit.

Pourquoi le thermique fonctionne - et seulement à l'aube

Une caméra thermique ne voit pas les formes : elle voit des écarts de température. Un faon à 38 °C couché dans une herbe à 12 °C est un point blanc évident. Le même faon dans une prairie chauffée toute la journée par le soleil disparaît dans le bruit.

D'où la contrainte qui commande tout le reste : on vole aux premières lueurs du jour, avant que le sol n'ait rattrapé la température de l'animal. En pleine saison, cela place les interventions entre cinq et six heures du matin selon le lieu et la date - l'aube civile arrive vers 5 h 20 à la mi-juin dans l'ouest, vers 6 h 15 à la mi-mai dans l'est, et le soleil suit une trentaine de minutes plus tard.

Le créneau est court, et il se prend dans les règles : voler avant le lever du soleil ne relève pas du même régime qu'un vol de jour, et c'est au télépilote de l'avoir vérifié avant de décoller. Les bases sont dans notre guide de la réglementation en France.

Vue thermique : une signature chaude, nette, au milieu d'une prairie froide

Image brute du capteur, en 640 × 512 pixels. La tache claire au centre est une signature thermique : c'est tout ce que le télépilote a besoin de voir pour envoyer une équipe au bon endroit.

Mise côte à côte avec la vue visible, la démonstration se passe de commentaire.

À gauche l'image thermique, à droite la même scène en lumière visible, prises au même instant

À gauche le thermique, à droite le visible, au même instant et depuis le même appareil. À gauche, la signature saute aux yeux. À droite, il faut savoir où regarder.

Une intervention, étape par étape

  1. En amont, avec l'agriculteur. On situe les parcelles à faucher et on repère les zones à risque - typiquement les bandes qui bordent un bois.
  2. Au lever du jour. Le drone quadrille la parcelle. L'association annonce environ dix minutes pour dix hectares.
  3. À la détection. Le télépilote garde le point à l'écran et guide une équipe à pied par radio jusqu'à l'endroit exact.
  4. La mise en sécurité. Les très jeunes faons sont déplacés avec les précautions d'usage pour ne pas y laisser d'odeur humaine - une chevrette peut abandonner un petit qui sent l'homme. Les plus grands sont dirigés hors de la parcelle, à l'écart des routes.
  5. La fauche. Elle démarre derrière, sur une parcelle dont on sait qu'elle est vide.

Drone à caméra thermique dans sa mallette de transport, prêt au décollage

Et rien n'est garanti, de notre côté non plus. Le thermique voit ce qui est chaud et découvert, pas ce qu'un buisson masque ; un animal peut revenir entre le vol et la fauche ; une prairie de trente hectares se couvre moins bien qu'une de trois. Ce que la méthode change, c'est l'ordre de grandeur, pas la certitude. Le dire est la moindre des choses envers un agriculteur qui se lève à cinq heures pour aider.

Ce qu'il faut comme matériel

Un drone à double capteur - thermique et visible - suffit, à condition que le thermique soit exploitable en vol : c'est le cas des appareils du type DJI Matrice 4T, Matrice 4D ou Autel Alpha.

Le reste tient à la méthode : voler assez bas pour que l'animal fasse plus d'un pixel, assez haut pour couvrir la parcelle avant que le soleil ne monte, et garder l'appareil en vue. Les règles applicables au vol lui-même sont celles de tout le monde, et elles sont résumées dans notre guide de la réglementation en France.

Vous êtes agriculteur ou entreprise de travaux agricoles

Signalez-vous environ une semaine avant. Vous n'avez pas besoin d'une date ferme - vous ne l'avez pas vous-même, elle dépend de la météo. Une période de coupe suffit à organiser les bénévoles, et vous affinerez ensuite.

Ce que l'association vous demande le jour J, et qui est peu de chose au regard de ce qui se joue : deux personnes, des caisses aérées et des piquets avec de la rubalise pour marquer les zones.

Faucheuse tractée en action

Vous êtes télépilote et vous avez une caméra thermique

C'est le manque exprimé par l'association : des télépilotes équipés, partout. Trois heures un matin de mai, quelques fois dans la saison.

Deux gestes, et ils ne font pas doublon. Le premier vous met en relation avec une association qui organise des maraudes. Le second vous rend trouvable par l'agriculteur qui vous cherche à trente kilomètres de chez vous, et que l'association ne connaîtra jamais.

Vous déclarer disponible sur Waypoint360

Cocher la spécialité prend une minute, et c'est elle qui vous fait remonter quand un agriculteur cherche quelqu'un pour sa prairie plutôt qu'un épandeur ou un cartographe.

  1. Vous avez déjà une fiche dans l'annuaire - la plupart des opérateurs y figurent déjà. Retrouvez-la et revendiquez-la : la revendication vous en donne la main.
  2. Vous n'avez pas encore de compte - créez-en un, c'est gratuit et la fiche se construit à partir de votre identifiant d'entreprise.
  3. Dans l'application, ouvrez Mon organisation, section Activités. Cochez Écologie & faune, puis, dans Sous-activités, cochez Recherche d'animaux avant fauche.

C'est tout. Vous apparaissez alors dans la recherche filtrée sur cette spécialité, avec votre zone d'intervention.

⚠️ C'est ouvert, et c'est en bêta. Vous pouvez vous déclarer que vous soyez professionnel, service public ou particulier.

⚠️ Pour un particulier ou un service public, cette déclaration reste privée : elle n'apparaît dans aucune liste publique. Seuls les professionnels figurent dans l'annuaire.

Si vous êtes télépilote particulier, cochez l'activité « Écologie & faune » depuis votre profil et recevez les demandes de votre secteur, exactement comme un professionnel. Vous pouvez aussi vous déclarer indisponible une semaine sans vous désabonner totalement du service.

À vous de jouer. C'est en bêta : vos retours feront bouger les choses.

Préparer la saison prochaine

La saison est courte : de la mi-mai à la fin juin, pour l'essentiel. Tout ce qui n'est pas prêt en avril ne le sera pas à temps.

QuandQuoi
Février - marsRecenser les télépilotes équipés, secteur par secteur
AvrilPrendre contact avec les exploitations, caler les zones à risque
Mi-mai - fin juinLes vols, au lever du jour, au rythme des fauches
JuilletFaire le compte, corriger, garder les contacts

Fauche en cours après le passage des équipes

L'objectif de toute la chaîne tient dans cette image : que l'agriculteur fasse son travail, à sa date, sans avoir à y penser.

Soutenir l'association

Sauvons les Faons fonctionne au bénévolat et aux dons. Si la démarche vous parle, le lien ci-dessous va directement chez eux - nous n'attendons rien en retour.

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